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La rumeur s’élève dans la brume matinale,

Et cette vie qui s’éveille dans sa boule de cristal…

A Adrien et Manon...

 

 

I

 

L’air sillonnait les murs. La rue était déserte. Guère plus que le reste du temps, cependant. Vous savez, ici bat, la vie n’est pas très mouvementée. On vit traverser sur le pont, un homme avançant tête baissée. Ses cheveux bruns s’allongeaient jusqu’à la nuque, frisés d’eux-mêmes en boucles légères, et reflétaient l’enfant qui avait cédé sa place à ce jeune homme. Le Rhône s’écoulait lentement. En aval, le barrage retenait une eau sombre, qui s’étalait en ligne droite, jusqu’à ce qu’une péniche vienne déchirer cette étendue plane. Une jeune femme parut à l’horizon. Il venait du centre, elle venait de nulle part. Elancée, vêtue d’un haut léger, elle marchait d’un pas lent et incertain.  Une désolante image de Bouvard et Pécuchet au XXIème siècle. Ils  se reconnurent alors, et leur présence respective leur fit instinctivement esquisser un sourire au coin des lèvres. Ils se saluèrent et s’appuyèrent sur la barrière du pont, au moment même où le bateau disparaissait sous leurs pieds, à quelques centimètres l’un de l’autre. La jeune femme poussait du bout des lèvres un léger sifflement. L’air sérieux de l’autre la frappa. Il froissait les habitudes. Mais il ne faut pas se fier aux habitudes. Elles cachent souvent bien des choses. Elles vous rongent souvent à l’intérieur, vous compressent le cœur et vous serrent la gorge à vous en priver de parole. Même les glandes lacrymales ne s’activent plus lorsqu’il suffirait d’un sanglot pour envoyer valser ces putains d’habitudes. Il y eut un long silence, et si long qu’il les inquiéta, jusqu’à ce que le garçon entame le dialogue :

- Je veux m’en aller. J’en ai marre, tu comprends. Je veux partir loin, loin de tout ça. J’en peux plus. Je ne peux plus attendre en me disant qu’un jour, c’est certain, j’aurai moi aussi ce que je veux. Parce que c’est faux. Il faudrait bousculer le quotidien pour qu’enfin je puisse avoir ce que je veux. Et je ne peux plus le bousculer ici.  

- Oui. Oui, moi aussi je me sens fatigué de cette monotonie.

- Je m’en irai bien dans la capitale, ou à Lyon, rien qu’à Lyon. La vie y serait tellement différente, répondit-il.

Leurs yeux erraient sur la largeur du Rhône, longeant la digue jusqu'à la cheminée d’une usine se dressant au loin. Le vent du midi s’éveilla doucement dans la vallée, venant caresser les joues soyeuses de la jeune femme, teintées de tâches de rousseur légèrement prononcées. L’air balayait ses cheveux, en bataille, que sa main vint remettre en ordre.

- L’été me paraît déjà si loin, reprit-il.

Elle lui prit la main pour le réconforter. Elle sait que cette fois-ci elle ne pourra plus lui dire « allez, soit patient encore quelques mois, et tu verras, après tu seras libre. Libre de faire ce que tu veux, ce que tu aimes. D’être avec qui tu veux, et avec la personne que tu aimes ». Il avait de plus en plus de mal à la croire, parce qu’au fond, ce qu’il attend – et ce que l’on attend tous – n’est que le commencement. L’inattendu. C’est ce qui change une vie.

« Serre-moi… Serre-moi s’il te plait, je veux m’enfuir. »  Elle le serra contre elle, de toutes ses forces. Les larmes chaudes s’imprégnaient dans le tissu fin de son tee-shirt. Il hurla, sans aucune retenue.

 

*

*  *

 

L’océan s’étendait à perte de vue. Au plus loin qu’on puisse le distinguer, il se confond presque avec le bleu d’un ciel parfait. Il y’avait une passerelle qui menait à un ilot, que trois touristes traversèrent ensemble. L’un d’entre eux prenait un peu d’avance, avec un pas hâtif lorsqu’il regardait le vide sous ses pieds, et les vagues se briser contre les rochers. De cet ilot, on prend un peu de recul, et non plus les pieds vraiment sur terre, on peut admirer le continent avec cette magnificence que révèle la lueur dans les yeux de tous les touristes. Biarritz, été 2008. A longer les hauteurs de la ville, on s’attarde admirativement sur ceux qui osent plonger sans se poser de questions de quelques dizaines de mètres de haut. Ce qui fut le plus époustouflant à regarder pour l’un d’entre eux, ce fut l’homme qui avait parcouru plusieurs kilomètres à la nage pour rejoindre un rocher au large de la côte. Il était épatant. La plage grouille de monde, d’enfants qui ne prennent le temps durant ces vacances que de construire des châteaux de sables, de courir dans les vagues. Les trois touristes y renoncent, et ajustant leur Wayfarer s’enfoncent dans le centre, pour quelques achats. Et lorsque le soleil quitte le zénith, et s’apprête à plonger dans l’océan, ils eurent une idée.

- On revient l’année prochaine !

- Mieux, on prend un appart’ ici. C’est vraiment le paradis.

Il y’a certains moment qui laissent derrière eux un goût d’éternité…

 

*

*  *

 

Lundi 22 septembre 2008. 11h06. Les heures de philosophie avant midi, c’est vraiment une torture. C’est une lutte impitoyable contre la faim, un combat contre les gargouillements indiscrets d’un estomac un peu capricieux. C’est ce que je ressentais bien souvent. Certains succombaient parfois à la voix mielleuse du professeur, à son récit de paroles si bien prononcé. Et puis, pour d’autres, philosophie rimait avec suicide collectif. Adrien cette année, avait pour la plus fidèle des camarades de classe, la prise électrique au pied de sa chaise. Souvent il se disait qu’elle pouvait être bien utile…

- Prend ma main, me dit Adrien, dans un dernier souffle.

- Emilie, lançai-je à mon tour, il est temps.

Elle prit ma main. Adrien me regarda une dernière fois. « Touché, grillé ».

Et ils rirent ensemble. Finalement ils remettront cette tentative à plus tard. Tout dépendra du sujet à travers lequel le professeur les emmènera.

 

*

*  *

 

La porte de l’appartement lyonnais s’ouvrit. Dans la pénombre de cette nuit chaude et humide, on entendit des clefs rebondir sur la table du salon. La lumière ne fut pas éclairée dans la pièce que deux amoureux fous avaient déjà traversé le couloir. Ils s’embrassaient langoureusement, avec toute la fougue de la jeunesse. Elle, elle avait des tas de projets. L’emmener sur un quai de la ville, s’asseoir en ronde, avec des inconnus, autour d’une bouteille de vodka qu’ils boiraient ensemble. Longer la rue de la République, s’arrêter dans tous les magasins pour ne pas dépenser son argent, mais plutôt celui de l’homme qu’elle aime. Mieux encore, aller à Paris, puisque tout comme lui, elle adorait Paris, traverser les Champs Elysées encombrées, le prendre par la main, grimper sur le capot de la plus belle voiture et l’embrasser. Monter à la cime de la Tour Eiffel, ce dont le courage lui  manquait encore, et hurler « je t’aime » si fort que les couples de Venise sentiraient une concurrence dans la romance de cette histoire. Elle voulait un chien. Un chien paresseux qui, lorsque vous lui faites un compliment, vous pulvérise d’un regard si triste qu’il semblerait rassembler toute la misère du monde, tandis que les oreilles ballantes, et la queue mouvante montreraient sa sérénité. Elle aurait voulu le baptiser Tequila, et un peu trop féminin à son goût, lui ferait plutôt graver « Socrate » autour du cou. Lui, il hésitait encore. Il avait eu, quelques années plus tôt, beaucoup de mal à s’imaginer l’absence du compagnon qui avait suivit sa croissance, l’envol de la créature la plus amicale qu’il n’aurait jamais plus. Il fit flamber la mèche d’une bougie, si bien que la flamme hisse le long du mur deux ombres enlacées. Dans l’air de cette nuit de début novembre 2010,  une rumeur qu’elle ignore encore sifflotait dans l’atmosphère torride.

 

*

*  *

 

Les deux amis marchaient lentement le long de la route, sans bruit, jusqu’au centre, lorsqu’un autre homme se proposa de les rejoindre, faisant naître dans leurs yeux une lueur, comme un souvenir qui leur revient. Il était tout en finesse, et sa maigre allure creusait ses joues teintée qui faisaient ressortir les contrastes de son visage. La présence de chacun d’entre eux les réconfortait. Ils allaient aisément ensemble. C’était pour eux, le plus important à ce jour. Le ciel était voilé de plusieurs gris, et plus le vent s’accélérait, plus il s’assombrissait, annonçant un nouvel orage. La rumeur confuse commençait à s’ébruiter dans cet air tiédasse.

Sur la place, un tourbillon de poussière amassait les feuilles mortes de l’automne. Du banc que les trois amis s’étaient accommodés, on guettait tout, ces quelques gens qui allaient et venaient, qui soit dit en passant vivaient, des anciens affaiblis dont le poids des années avait vouté le dos, des mamans qui allaient chercher leurs marmots qui pour midi ne mangeaient pas à la cantine devant le portail de l’école, des petites filles enfouies dans leur jupon.

- Tu as fait tes maths, demanda le dernier homme arrivé à l’autre.

- Non, j’arrive pas à m’y mettre. Puis cette année ne m’inspire vraiment pas. Ca fait à peine deux mois, et j’ai déjà envi de tout envoyer chier.

- Fait de la philo, ça ira mieux ! En plus, à ce que j’ai cru comprendre, on n’est pas obligé de faire le programme dans l’ordre ! C’est cool, hein ?

- Ah bon ? C’est bizarre, dit-il en riant.

Quelques pétasses débarquant du coin de la rue amenèrent les trois amis à parler des femmes. Un premier les déclara frivoles. L’autre les dit têtues. La jeune fille, quant à elle laissa s’échapper de façon un peu hargneuse un « acariâtre ».

- Malgré cela, elles sont souvent meilleures que les hommes », dit le garçon à la peau teintée.

- Quelquefois, elles sont pires, affirma l’autre. Enfin, il vaut mieux vivre sans elles… Etre célibataire, je veux dire, s’expliqua t-il.

Mais la solitude à la longue était bien triste...

- L’amour, c’est comme une cigarette, ajouta t-il, faisant ainsi, de son briquet consumer le tabac.

Bientôt, la jeune femme lui réclama la clope. C’est vrai, à cet âge là – le premier garçon marchait sur ses 17 ans, les autres étaient plus âgés –  on  frime, on est insouciant et on se croit éternel. Mais on meurt toujours un peu plus chaque jour, à chaque cigarette.

Pas un bruit, pas un sifflement d’oiseau, ni même un bourdonnement d’insecte. C’est comme si l’aiguille du clocher s’était échappée hors du cadran. Le plus solitaire des deux hommes rêvassait, songeait à la vanité de son existence, à ses dettes, à sa réputation perdue si... Il était souvent méditatif. Mais au lieu de se plaindre, il se questionnait. Il rêvassait. Pourquoi telle particularité, telle imperfection indifférente ou inhumaine dans un corps enchanterait-elle dans un autre ?

 

II

 



Quel battement de cœur, lorsque la porte de la chambre fut close. Sur un vieux tourne disque, l’homme fit résonner un air doux. Il le trouvait très beau, ce tourne disque. Tout ce qui se rapportait à elle, il le trouvait beau, et par-dessus tout cet aspect sixties qu’elle se donnait. Il prit sa bien aimée par la main, l’entraîna dans ses bras, ses mains vinrent se glisser dans le creux de ses reins. Il fixait, dans le plus profond de l’iris, le miroitement de la bougie. Leur regard s’imprégnait l’un dans l’autre. Dans les yeux de la précieuse dame, la flamme grandissante disait les mots qu’elle ne prononçait pas. Le long du front de l’autre perle une goutte de sueur défilant le long du visage, jusqu’au menton avant de s’écraser sur le plancher. Il ne manquait à cette idylle que la hardiesse de l’homme. Il était gauche dans cet amour là. Il enleva sa chemise. De son torse, la jeune femme sentit émaner une tiède senteur, qui lui chauffa les joues. Il toucha des lèvres sa nuque cachée sous des cheveux longs et ordonnés. Elle se retint de mordre dans cette chair si savoureuse, comme on croquerait dans un fruit défendu. L’homme tremblait, un frisson se fit ressentir jusqu’à la moelle de ses os.

- Je… Il faut que je te parle de quelque chose…

Indifférente à ses propos, elle enleva sa ceinture, laissant glisser son jean Levis. Il prit alors brusquement sa main, et leur regard s’affrontèrent, de nouveau.

- Attends !

L’air s’immobilisa, la flamme de la bougie s’amenuisa.

 

*

*  *

 

Le crépuscule commençait à s’abattre sur la place du village. Les passants devinrent encore moins nombreux, les voitures se faisaient plus rares et les commerces avaient déjà fermé leurs portes. Huit heures sonnèrent. Mais les paroles des trois amis coulaient intarissablement, les remarques subtiles succédant aux anecdotes, et les envolées philosophiques aux considérations individuelles. Le plus maigre des deux hommes avait rebaptisé cette place « la place de la critique ». Oui, tous trois avaient toujours aimé se moquer jusqu’au moindre détail de tout ce qui se présentait sous leur nez. Jamais avec grande méchanceté, sauf lorsque la victime était détestée. Là, ils dénigrèrent le paysage, les façades noircies par l’air infect, les chaussées abimées, les commerces, notre mode de vie et tout le genre humain. Ils évoquèrent des souvenirs. Et chacun, en écoutant les propos y reflétait un moment précis de sa vie, un souvenir lointain enfoui, parfois oublié. Leur relation semblait une belle aventure. Dès leur rencontre, ils s’étaient accrochés à des fibres secrètes.

- Je me souviens j’avais une carte Pikachu brillante, super rare, commença le plus jeune des deux garçons.

- Moi, les cartes Pokémon j’en n’ai jamais acheté. Mais bizarrement je me suis retrouvé quelques jours plus tard avec une pile de plus de cinquante cartes.

- T’arnaquais les petits !

- …

- Ouais, comme avec les billes d’ailleurs. Les « goulous », rajouta la jeune femme,  mais le mieux, c’était vraiment à la cantine…

L’autre garçon, lui, n’avait jamais mangé à la cantine. Il n’avait pas participé à tous ces récits de paroles, mais se régalait de les écouter. Alors les deux autres lui firent une nouvelle fois l’éloge de quelques situations fabuleuses qui ponctuèrent leurs repas, quand ce n’étais pas une fourchette plantée dans un postérieur, ou une verrue hideuse avalée sous le regard passif des autres, quand ce n’était autre que les hurlements de colère de Josiasse la Grosse Poufiasse, qui ne voyait plus le bout de sa colères envers ces deux là… Chaque jour, sa grand-mère venait le chercher à la sortie de l’école, et lui préparait des bons petits plats, vous savez, ceux qui sont plein de beurre ! Il les adorait. Mais de son côté, il ne la trouvait pas si méchante cette Josie.

- La partie de foot en CM2, vous vous souvenez, dit-il, en s’adressant à son ami, quand on était trois dans les cages, tu avais fait un magnifique arrêt et Cul d’Ail avait tiré une mine contre son camp !

Cette remarque provoqua un rire collectif. Il y eut un temps qui vint rompre cet échange, durant lequel chacun tentait de ses remémorait tout ce qui avait été dit. Les souvenirs sont si bons à raconter, encore plus à écouter. C’est ce qui emplit une vie. Mais peu à peu, les sourires s’effacèrent de leur visage.

- La belle époque, ajouta-t-il. Mais le plus difficile à supporter dans cette vie, c’est de se trouver obligé de bouffer à longueur de journée le bonheur des autres.

 

*

*  *

 

- « L’homme, c’est un roseau pensant », comme l’affirme la démarche pascalienne.

Ca y’est, le prof est parti pour parler intarissablement pendant une heure. 11h11. Il faut faire un vœu, paraît-il. Le vœu que l’alarme incendie retentisse. Ou bien que midi sonne enfin, que je plis mes cliques et mes claques, que je cours jusqu’à la cantine pour manger. Dans mon esprit, un poulet rôti se dessine, et j’en sentirai presque l’odeur s’en émaner. Ou encore, le vœu d’une vie meilleure. Une vie rêvée. Une vie volée parce qu’après tout, la vie des autres est toujours plus belle que la notre. Echapper à la réalité, et s’enfuir. Courir après cette vie…

- Putain, je vais m’endormir, lance Adrien.

Pour plus tard, cette vie là. Je me le promets.

- A la différence des autres, poursuit le prof, l’Homme est doté de ce savoir quelque peu particulier. Il sait qu’il est voué à disparaître. C’est un savoir lucide. Un savoir clair, celui de notre propre mort. Nous ne traversons pas aveuglément notre existence. Cette mort n’est peut être pas imminente, certes. Mais elle est. Et nous le savons. En cela, peut être que n’importe quelle autre espèce, n’importe quel animal est finalement plus heureux que nous. Il ne se souci pas de savoir s’il mourra un jour. Mais au fond, le plus blessant ce n’est pas le fait même de savoir que nous disparaitrons tôt au tard. C’est de se dire qu’il y a eut un monde avant, et qu’il y’en aura un après. Parce que sans nous, le monde continuera. Est-ce possible d’envisager ce monde ? 

11h37. Le prof jette un regard sur chacun d’entre nous, sur moi. Il esquisse un léger sourire. C’est ce sourire qui montre qu’il est fier de sa phrase si brillamment élaborée. Mais moi, je ne souris pas vraiment. Je me reflète dans cette phrase. Tout est tellement vrai.

- Bon ben demain je propose qu’on aille s’acheter un cercueil, dit Adrien, en brisant le silence.

 

*

*  *

 

Il se traina sur le sol, jusqu'à elle, jusqu’à ses genoux. Il paraissait si pathétique... Et comme il la regardait de bas en haut, dans son plus profond sanglot, les paupières rougies, une exaspération le prit. Elle le repoussa, recula. La mâchoire serrée, et les prunelles de ses beaux yeux éteintes, elle s’immobilisa. Un calme pesant régna quelques instants. Son regard transperça l’homme nu qui pleurait devant elle. Il s’était dévoilé corps et âme, avait affronté sa pudeur, en toute confiance et en toute intimité. Mais elle s’en moquait, maintenant qu’elle savait, elle aussi.

- Je vais sortir… Je vais sortir de cet appartement, marcher un peu. Je m’arrêterai dans un bar et je demanderai un double scotch. Un autre. Puis encore un autre. Je finirai probablement ivre. Mais peut être bien qu’un beau jeune homme viendra me demander si le siège à côté de celui sur lequel je serai assise est libre, et je lui répondrai, en regardant mon verre à nouveau vide, que oui. Maintenant il est libre.

- S’il te plait, je... Comprend moi…

- Peut être même que quand il s’apercevra que mes yeux commencent à être vitreux, et mes pupilles dilatées, il me proposera de me raccompagner. Ca serait vraiment gentil. Et quand j’ouvrirai cette porte, quand j’entrerai dans cet appartement, quand je m’allongerai dans mon lit, tu ne seras plus là.

Les yeux du jeune homme se noyèrent dans un bain de pleures. Il avait rêvait l’amour. Il avait envié ce moment où enfin, il pourrait le sentir contre lui, l’inspirer, s’en enivrer comme on le ferait avec un double scotch. Ce n’était pas la découverte d’un monde nouveau et merveilleux tel que le décrivaient tous les autres, avec toutes les lueurs éblouissantes, des floraisons désordonnées, des océans, des trésors. Mais pour lui, ce monde représentait les abîmes d’une profondeur infinie duquel se dégageait un effroi épouvantable.

- Tu sais, je ne t’en veux pas. Quelque part, il existe, lança la jeune femme.

- Qui ?

- L’amour que tu recherches.

- Il me semblait l’avoir trouvé…

- Non, répondit-elle en riant maladroitement, je ne crois pas être la bonne personne… Mais je t’aime, malgré tout. Au revoir.

La porte claqua. Elle était partie, et à cet instant précis il comprit qu’elle avait raison, mais à défaut de ce qu’il est vraiment, il était seul à nouveau. Il se remit à pleurer comme un gamin, les larmes se déversèrent intarissablement sur le sol. Il se mit à frapper du poing le carreau, en hurlant, crachant sa vie incomprise. Soudain, un fracas répétitif lui répondit. Le voisin du dessous donnait des coups de ballais dans le plafond.

- C’est pas bientôt fini, oui ! On n’est pas à la campagne ici ! Et on aimerait bien dormir.

Il resta les deux heures qui suivirent à écouter le silence, à lutter contre la froideur de la nuit, à réfléchir, son corps nu comme un sauvage aligné devant l’entrée. A quoi bon faire semblant. Ce qu’il attendait n’était que le commencement. Un nouveau départ, c’est ce qui change une vie. Alors il est temps.


 

III

 

La jeune femme rentra le lendemain matin, les yeux cernés, supportant une douleur au crâne. Elle avait bu au total quatorze doubles scotchs avant qu’un beau jeune homme vienne ne lui demander si le siège à côté duquel elle était assise était libre. Il ne se proposa pas de la raccompagner chez elle, elle s’invita chez lui. Son appartement était vide. Elle prit un café, en regardant longuement à travers la fenêtre au coin de la rue. A l’horizon, de l’autre côté de la ville, les colocataires du jeune homme l’attendaient au bas de l’immeuble, pour fumer la « clope du matin ». Mais il ne vint pas. Il ne vint pas non plus le lendemain. Il manquait à l’appel de Sciences Po. Ses parents firent sonner son portable des centaines de fois dans les quelques jours qui suivirent. Des tas de messages au ton inquiet. La vie devint un désœuvrement plus aigu chaque jour pour tout le monde. Aucune nouvelle de l’étudiant, de l’ami et de l’amoureux. Des personnes furent scandalisées… Vous savez, on cache tous quelque chose en nous. Mais la rumeur qu’on fera courir, sera-t-elle refléter le plus profond d’une âme… ?

 

*

*  *

 

- Cette mort qui nous attend, ne donne-t-elle pas une signification à notre existence ? Quitte à mourir demain, pourquoi ne pas donner un sens à notre vie. Prendre cette direction plutôt que celle-ci. Avoir une vie meilleure, la vie rêvée. Que sais-je ? La mort n’est finalement qu’une indication sur notre direction à prendre dans cette vie.

- C’est le début du reste de notre vie, n’est-ce pas Emilie ? Prononçai-je en songeant, c’est fini les prises électriques. On y met du scotch dessus.

 

*

*  *

 

La nuit est tombée très vite. Les vieux amis levèrent les yeux au ciel, pour constater le tumulte qui s’y prépare. L’orage gronde. L’été a bel et bien foutu le camp… Ils s’embrassent avant de se quitter. Le plus jeunes des deux hommes se dirige vers le sud, l’autre vers l’est. La femme, quant à elle s’en va vers l’ouest. Pas de soirée prévue ce soir. Et rien d’intéressant à la télé.

 

EPILOGUE

 

L’air froid de cette fin de Novembre 2010 sillonnait les falaises. Les rues étaient plus désertes qu’en cet été 2008, mais Biarritz, même à l’aube de l’hiver conserve tous ses charmes. Les rayons du soleil perçaient les cumulus, et se jetaient dans l’océan. De la plage, on vit un homme descendre les marches. Ses pas étaient lourds. Ils supportaient le poids du passé et laissaient dans le sable une longue trace continue. Il s’assit et prit entre ses mains le sable lisse et frai. Il fixait l’horizon, et ne pensait plus à rien, quelques minutes durant. Il posa sur son nez des Wayfarer, puis en constatant qu’il était tout seul sur cette plage, il se mit à rire aux éclats. Qui aurait bien pu avoir l’idée de venir s’asseoir sur une plage à la fin d’un mois de novembre ?! Il réalisa l’absurdité de la situation. Il avait tout plaqué, il n’avait plus rien, était arrivé jusqu’ici par ses propres moyens, plusieurs jours durant. Et il riait, en réalisant que lui était offerte la chance de commencer une nouvelle vie. Une seconde chance de reconsidérer toutes les premières chances de trop. Soudain, il se leva, quitta ses chaussures et se dévêtit presque entièrement. L’eau vint caresser ses pieds, le faisant grincer des dents. Il avança dans l’étendue vaste et plongea sans réfléchir. Et puis il nagea pour rejoindre un rocher à plus d’un kilomètre de la côte.

La route est encore longue après l’océan.

A SUIVRE…

Par Guill@ume - Publié dans : "Les Chimères", Gerard De Nerval (1854)
Mardi 14 octobre 2008 2 14 10 2008 21:33

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. Edito *


.
Créé le
20 Octobre 2006.
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63 Articles.
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258 Commentaires.
.
Mis à Jour le
11 Janvier
.

             Chers lecteurs, chères lectrices,


          Tout d'abord, je tiens à vous souhaiter une bonne année, une bonne santé - ne fumez pas (trop), buvez modérément mais profitez avec excès - et du bonheur, avant tout. Du rêve. Je vous le souhaite car pour être heureux, il faut rêver. Mais ce bonheur, qui est si difficile à trouver, et qui se cache derrière ces murs infranchissables, j'espère de tout coeur que vous l'accaparerez. Avec cela, parait-il, on peut relativiser, toujours aller de l'avant... Il parait. Je ne peux pas vous le confirmer, car il ne me semble pas en avoir fait la réelle expérience jusque là. Alors je me le souhaite aussi, d'être heureux pour cette nouvelle année. Mais mon horoscope, même mon horoscope ne semble pas vouloir m'accorder ce désir avant 2010...

          Néanmoins, du gris pour ce blog, pour ces tristes jours, froids et amers. Ces jours d'un hiver qui s'annoncent rigoureux, qui rongent, qui tuent les plus démunis. Les six articles qui s'affichent sur la première page sont susceptibles d'être modifiés régulièrement, et cette petite « innovation procédé » permettra de revisiter mon blog plus souvent, ne plus le laisser éteint de longues semaines. En revanche, pour les articles ordinaires, il faudra vous rendre à la dernière page. L'article sur Paris viendra. Mais il viendra à point à qui sait attendre. Alors patience...

           Pour le reste, je lègue à votre charge le soin de lire mes écrits, et - sans vous y obliger, quoi que - en laisser des avis.


Bonne Visite.

GuePeu.


. L'artiste *


A second chance
To see every first.

First life lost. First step. First smile. First cut. First hurt. First shift flying solo. First mistakes. First secret. First vision loss. First encounter.

See it from
The beginning.

First time they knew. First love. First dream. First boss. First reprimand. First time patient. First time we met. First coffee. First cigarette. First kiss.

My story
Is on lifetime.


 

. Rockstar *

    I'm through with standing in line to clubs we'll never get in. This life hasn't turned out quite the way I want it to be. I want a brand new house, a bathroom I can play baseball in and a king size tub big enough for ten plus me. I want a new tour bus full of old guitars, my own star on Hollywood Boulevard. I need a credit card that's got no limit and a big black jet with a bedroom in it to join the mile high club at  thirty-seven thousand feet. I wanna be great like Elvis without the tassels, hire eight body guards that love to beat up assholes, sign a couple autographs, so I can eat my meals for free. I'm gonna dress my ass with the latest fashion, get a front door key to the Playboy mansion, gonna date a centerfold that loves to blow my money for me. I'm gonna sing those songs that offend the censors, get washed-up singers writing all my songs, lip sync em every night so I don't get'em wrong
    I'm gonna
trade this life for fortune and fame. I'd even cut my hair and change my name.
    'Cause we all just wanna be
big rockstars and live in hilltop busses driving fifteen cars. The girls come easy and the drugs come cheap. We'll all stay skinny 'cause we just won't eat and we'll hang out in the coolest bars, in the VIP, with the movie stars. Every good gold diggers  gonna wind up there, every Playboy bunny with her bleach  blond hair. And we'll hide out in the private rooms. They'll get you anything with that evil smile. Everybody's got a drug dealer on speed dial. . .

    Hey, Hey
I wanna be a

R.O.C.K.S.T.A.R
[>]
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